Par Delphine Courty-Enfer, ostéopathe D.O. au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne).

Même si vous faites partie des deux tiers des Français qui ont déjà consulté un ostéopathe (1), vous avez vécu la séance côté patient, sans pour autant avoir la possibilité d’en analyser le déroulement. Vous ne vous êtes probablement pas rendu compte qu’elle suivait un schéma précis et que les actes de l’ostéopathe étaient clairement organisés. Pour démystifier les secrets d’une séance d’ostéopathie, faisons confiance à Delphine Courty-Enfer, ostéopathe depuis 2012 et qui a accepté de tout nous révéler à ce sujet.

La consultation d’ostéopathie : une pièce en quatre actes

La toute première séance d’ostéopathie dure généralement plus longtemps que les suivantes, c’est-à-dire environ une heure. Cela provient du temps passé à échanger avec le patient pour faire le point sur l’objet de sa consultation. Les suivantes durent ensuite en moyenne 45 minutes. Chaque séance peut être décomposée en quatre parties. La première est l’anamnèse qui se poursuit par l’observation du patient, debout et en décubitus (c’est-à-dire en position allongée, ndlr) et dans une autre position, si besoin. La troisième étape comprend les tests d’exclusion et de mobilité et la dernière, le traitement ostéopathique en lui-même. Des conseils d’hygiène de vie sont souvent prodigués en fin de séance.

L’anamnèse ou quand l’ostéopathe joue aux questions-réponses

L’anamnèse est l’interrogatoire médical qui permet de retracer l’histoire de la douleur pour laquelle le patient vient consulter. Le thérapeute s’intéresse à la survenue de celle-ci et à ses circonstances. L’ostéopathe questionne le patient sur ses antécédents médicaux, traumatiques, familiaux et chirurgicaux. Il lui demande s’il a des problèmes de santé, s’il prend un traitement particulier, s’il a subi des entorses, des fractures, des accidents, des chutes ou des opérations chirurgicales, anciennes ou récentes. Comme le praticien s’intéresse à son patient de manière globale, il va aussi chercher à savoir quelles sont ses habitudes de vie et quels sont les douleurs ou les symptômes rencontrés par ce dernier. L’anamnèse est aussi l’occasion pour le praticien d’instaurer une relation de confiance et d’écoute avec son patient. Pour réussir à focaliser son attention sur la demande de ce dernier, le thérapeute doit être ancré sur ses appuis.

L’examen clinique : être ou ne pas être soigné par l’ostéopathe

L’examen clinique commence par une phase d’observation et se poursuit par des tests cliniques. Les premiers sont médicaux et permettent de savoir si le thérapeute doit réorienter son patient, les seconds sont les tests ostéopathiques (palpation, tests de mobilité) qui vont orienter l’ostéopathe sur la stratégie thérapeutique à mettre en place pour le traitement de son patient. Il arrive que l’ensemble de tests cliniques effectués aboutisse à un diagnostic d’exclusion. C’est-à-dire qu’ils mettent en évidence d’éventuelles pathologies organiques, relevant d’une consultation médicale. Si les tests sont négatifs, l’ostéopathe peut ensuite proposer son traitement. S’ils sont positifs, le patient doit consulter son médecin et, si besoin, effectuer des examens complémentaires.

L’importance de toujours tester avant de… confirmer !

Il existe différents tests pour confirmer ou infirmer une pathologie. Par exemple, en cas de sciatalgie, un des tests réalisés est le test de Lasègue : le patient est allongé sur le dos et le praticien surélève, par le talon, la jambe douloureuse tendue. Si la douleur est ressentie entre 30° et 60° de flexion de hanche, le test est positif. Le praticien évalue ensuite la gravité de la lésion par d’autres tests complémentaires. Un autre exemple est le test de JOBE. Il est utilisé pour tester une souffrance du tendon supra-épineux (tendinite, rupture…). Le patient est debout, il place ses bras à l’horizontale, pouces vers le bas et à 30° vers l’avant, dans les plans des omoplates. Le praticien effectue alors une pression descendante sur les bras, à laquelle le patient doit résister. Le test est positif s’il y a diminution de la force musculaire.

Physiotherapist doing manipulation to man patient. Osteopathy.

La normalisation de restrictions ou quand le patient retrouve ses pouvoirs physiques

Concernant la normalisation de restrictions, chaque ostéopathe pratique à sa manière, mais il existe plusieurs techniques ostéopathiques auxquelles il a été formé et qui appartiennent à deux grands groupes : les techniques directes et les techniques indirectes.

  • Les techniques directes vont agir contre la barrière physiologique articulaire : il s’agit là des fameuses techniques qui font craquer.
  • Les techniques indirectes vont plutôt agir dans le sens de facilité des tissus, jusqu’à obtenir un relâchement. C’est le cas des techniques fasciales qui s’appliquent à tout le corps : le bassin, les membres, le thorax, le crâne, la colonne et les viscères.

Le thérapeute décide de son plan de traitement et s’il doit utiliser l’un ou l’autre type de techniques, tout dépend de son patient et des dysfonctions de celui-ci. Il utilise également des techniques de mobilisation articulaire (TOG = Traitement Ostéopathique Global) et fonctionnelles.

Pour ma part, j’utilise beaucoup les techniques fasciales qui agissent en douceur et en profondeur. Si j’en éprouve le besoin, je réajuste quelques dysfonctions de façon directe.

Se préparer pour une séance d’ostéopathie au top !

Pour que la séance se déroule au mieux, le patient doit prévoir des sous-vêtements confortables. Il est également conseillé de bien s’hydrater pour soulager l’après-séance (fatigue, persistance de douleurs…). Pour aider le praticien, le patient peut rapporter tous ses documents médicaux et paramédicaux, que ce soit des clichés radio, scanner, IRM (anciens et récents), des résultats de prise de sang, des ordonnances ou des comptes-rendus de conseils prodigués par des professionnels de santé. Ensuite, pendant la séance en elle-même, le patient doit se relâcher et laisser faire le thérapeute. Il peut arriver que certaines techniques soient sources d’inconfort, mais elles ne doivent pas être douloureuses. Dans tous les cas, il est essentiel que le patient fasse part de ses ressentis à son thérapeute.

Après la consultation : il faut tout de même faire attention

Dans les quarante-huit heures qui suivent la séance, les patients doivent éviter toute activité sportive pour permettre à leur corps de réagir efficacement au traitement ostéopathique. Après une séance, le patient se sent généralement fatigué et courbaturé et des douleurs peuvent persister ou s’installer ailleurs. Ceci s’explique par le travail de rééquilibration naturelle du corps, après la levée des tensions effectuée pendant le traitement. Il est également conseillé de bien s’hydrater après la séance pour soulager ces symptômes. Si au-delà de 3 à 4 jours, les douleurs persistent ou s’aggravent, il vaut mieux recontacter son ostéopathe. Pour traiter un motif de consultation particulier, il faut compter, en moyenne, une à trois séances, espacées d’un intervalle entre une à trois semaines.

PRÉVENIR plutôt que guérir

Il faut faire comprendre aux patients qu’ils doivent savoir écouter leur corps avant que la douleur ultime ne s’installe.

Voici le message que tente de faire passer Delphine, quotidiennement, dans sa pratique, de la même façon que la majorité de ses collègues. En effet, préventivement, une à deux séances annuelles d’ostéopathie sont conseillées afin de corriger les éventuelles dysfonctions de compensation, que le patient ne ressent pas toujours, et pour éviter la grosse crise douloureuse.

Delphine Courty-Enfer : entre ostéopathie et micronutrition

Après l’obtention de son baccalauréat S, Delphine a étudié la biologie durant deux ans à l’université de Paris Jussieu, puis elle a choisi de s’orienter vers l’ostéopathie, discipline qui l’attirait plus que la kinésithérapie. Delphine a fait ses études d’ostéopathie à l’école IDO Paris et a été diplômée en 2012. Elle a ensuite ouvert son cabinet à Perreux-sur-Marne en 2013. Elle a également suivi une formation sur la prise en charge ostéopathique du nourrisson et sur la phyto-micronutrition. N’hésitez pas à aller visiter le site internet de Delphine qui détaille son parcours et propose un petit résumé de l’histoire de l’ostéopathie. Delphine vous explique également quels sont les différents motifs de consultation, comment l’ostéopathie et la micronutrition agissent ensemble et vous donne un aperçu de son mémoire de fin d’études.

Sources : (1) Sondage IPSOS (Ostéo de France en 2016)