« Une journée au ski et j’ai le dos cassé ! Ton Osteo a pas un truc ? »

– Une journée au ski et j’ai le dos cassé ! Ton ostéo a pas un truc ?

Le mois dernier a eu lieu la 76e descente de Kitzbühel. Entre les vitesses vertigineuses atteintes et la technicité de la descente, on se doute que les athlètes doivent être préparés de la meilleure des façons afin d’avoir un maximum de chances d’arriver en bas sur leurs deux skis. La préparation physique organisée par le coach tout au long de la saison est très importante, afin d’avoir les muscles prêts à tenir l’effort intense demandé par la Streif. Mais les muscles ne font pas tout et il existe d’autre aspects sur lesquels travailler pour faire exploser le chrono ! Parmi celles-ci l’ostéopathie, qui peut apporter un plus à la préparation de la course en travaillant sur la posture du coureur dans un but préventif, ou sur des douleurs apparaissant pendant l’effort ou encore suite à des traumatismes passés.

Cet article fait partie d’un dossier regroupant plusieurs articles à venir sur les différentes gènes, voire douleurs, traitables par l’ostéopathie que l’on peut rencontrer chez un skieur. Pour le premier article du dossier j’ai choisi d’axer la réflexion sur les douleurs du bas du dos chez le skieur de piste.

Commençons par deux petits schémas :

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Il faut comprendre que les douleurs rachidiennes décrites ont pour origine une ou plusieurs dysfonctions ostéopathiques, mais qu’une dysfonction ostéopathique n’aura pas forcément de douleur associée. Une structure anatomique est en dysfonction quand elle ne respecte pas la physiologie du corps. Les causes sont multifactorielles : conséquence de traumatisme (chute, choc, fracture mauvaise posture, etc….

Analysons la dynamique de la région lombo-sacrée dans la pratique du ski.

Commençons par une petite image : la colonne vertébrale est posée sur le sacrum comme les murs d’une maison le sont sur ses fondations. Il est donc aisé de comprendre que si la position du sacrum n’est pas correcte, celle de la colonne vertébrale ne le sera pas non plus.

Schéma de la dynamique de la zone lombaire dans l’enchainement des virages au ski.
Schéma de la dynamique de la zone lombaire dans l’enchainement des virages au ski.

Lors de la pratique du ski, le bassin et la zone lombaire basse, c’est-à-dire les dernières vertèbres avant le sacrum, sont très sollicitées : il faut que les jambes soient le plus mobiles possible pour donner aux skis la trajectoire souhaitée tout en gardant le haut du corps gainé afin d’anticiper le prochain virage (passage de l’image 3 à 7 sur la photo : on peut observer l’inclinaison vers la gauche du bassin qui se redresse pour replonger à droite à partir de l’image 5, alors que la colonne vertébrale reste relativement verticale tout au long du virage).

Ce gainage a aussi pour objet de garder les épaules face à la pente, ce qui est obligatoire quand on skie. Cette technique entraine donc un cisaillement notable entre haut et bas du corps, avec comme point central du cisaillement la zone sacrum/lombaires basses qui sert de charnière au mouvement (illustration : le changement d’appuis consécutif au changement de trajectoire entraine une modification de la position du bassin par rapport aux membres inférieurs – photo 4 à 6. Ce mouvement est une rotation du bassin dans le sens contraire au virage en début de courbe : dans l’entrée d’un virage à droite l’iliaque gauche est reculé par rapport a l’iliaque droit. Puis le bassin effectue une rotation droite et le corps prend appui sur le ski aval pour « tailler » la courbe. Au moment de passer la porte l’iliaque gauche se retrouve devant l’iliaque droit – photo 6 à 8. Le gainage imposé par le maintient de position des épaules entraine un cisaillement dans la zone lombo-sacrée).

Dans ce mouvement il faut aussi prendre en compte les forces exercées sur le bassin via le membre inférieur qui sont opposées à la force imprimée par l’ensemble du tronc, via le rachis sur le sacrum ! Le degrés d’inclinaison de la piste est aussi à prendre en compte, car il conditionne la façon de prendre appui sur la carre, donc la force exercée par le membre inférieur sur le bassin.( Passage de la position 5 à 8 sur la photo).

Si une ou plusieurs structures anatomiques sont en dysfonction, le mouvement va être gêné dans sa réalisation, sollicitant ainsi l’articulation d’une manière différente de la physiologie, ce qui aboutira à l’expression d’une gêne ou d’une douleur. On comprend alors toute l’importance de l’intégrité articulaire de cette région lombo-sacrée dans la pratique du ski.

 

C’est bien joli tout ça, mais j’ai toujours mal au dos !

J’y arrive ! L’ostéopathe doit garder ce mécanisme en tête lorsqu’il aborde un skieur de piste et qu’il traite ce motif de consultation. Au cours de l’interrogatoire de début de séance, il doit évaluer le niveau de ski de son patient, car les dysfonctions retrouvées sur un skieur occasionnel ayant un niveau intermédiaire seront différentes de celles d’un compétiteur en ski.

Une fois le « profil » du patient établi, il convient de tester les membres inférieurs et l’ensemble du rachis afin d’éliminer une éventuelle influence à distance (exemple : genou en glissement …) qui viendrait perturber le mouvement.

Les influences à distance corrigées, on peut commencer un traitement de la zone. Là encore le contexte est très important et il faudra adapter son axe de traitement par rapport au profil du skieur et de ses réponses à l’interrogatoire ; Le traitement d’une douleur lombo-sacrée apparue suite à une chute sera différent d’un traitement d’une douleur lombo-sacrée chronique, ou encore apparaissant pendant l’effort.

La méthode et les techniques employées pendant la séance peuvent aussi varier en fonction du passé traumatique de la zone lombo sacrée. On pourra utiliser des techniques articulaires (type structurel direct) si le patient ne présente pas de contre-indication ou de signe d’exclusion, ou des techniques plus douces en fonctionnel/déroulé de fascias.

NB : Je tiens à préciser qu’il n’est pas dans le but de l’article de proposer un protocole de traitement, mais plutôt une réflexion sur le schéma lésionnel aboutissant a la douleur lombo-sacrée du skieur de piste. Chaque thérapeute est libre de se servir des techniques qu’il souhaite lors de son traitement.

Il peut être nécessaire de faire plusieurs séances notamment dans les cas de douleurs chroniques, c’est-à-dire qui durent depuis plus de 6 mois.

Les zones à tester localement en vue d’une éventuelle correction sont :

  • Iliaque et ligaments ilio lombaires.
  • Sacrum avec les ligaments sacro-tubéral et sacro épineux.
  • Symphyse pubienne.
  • Les lombaires, en particulier L3, L4 et L5.
  • Les muscles psoas-pyramidal- carré des lombes.
  • Le petit bassin peut aussi être important en fonction de l’interrogatoire.

On peut rajouter a ces zone les structures périphériques mises en évidence lors de tests d’influence par exemple.

Au cours de cet article nous avons pu comprendre, à l’aide d’une étude biomécanique, les causes ostéopathiques pouvant aboutir à une douleur sacro-lombaire chez le skieur de piste, et surtout ce que peut faire l’ostéopathe afin d’y remédier ! Il existe un panel varié de techniques qui permettent au thérapeute de s’adapter au motif de consultation du patient, tout en garantissant un certain confort pendant le traitement.

 

N’hésitez pas à réagir, à partager votre expérience, et à poser vos questions dans la rubrique commentaires.

Bon ski !

 

 

Sources :

Potential Mechanisms Leading to Overuse Injuries of the Back in Alpine Ski Racing: A Descriptive Biomechanical Study.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26109612

Prevalence of low back pain in alpine ski instructors.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15773568

Back injuries and pain in adolescents attending a ski high school.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/14530845

Impact of the steepness of the slope on the biomechanics of World Cup slalom skiers.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25229249

Physiology of Alpine skiing.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/3067309

Aspects on muscle properties and use in competitive Alpine skiing.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7752855

Analysis of the biomechanical characteristics of different swinging techniques in alpine skiing. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8064973

 

 

matthieu marzin

matthieu marzin

Passionné de ski depuis l'âge de 3ans, j'ai évolué sur la plupart des disciplines. C'est avec plaisir que je vous ferais partager mon analyse ostéopathique de ce sport.
Diplômé d'Ostéopathie au Campus Ostéopathique ATMAN.
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