La périostite tibiale (PT) … Qui n’a jamais un jour ressenti cette petite douleur insidieuse s’installant sur l’avant du tibia pendant les entraînements ? Cette sensation de brûlure, de congestion empêche à terme de faire un pas de plus.

La PT se caractérise par un syndrome inflammatoire douloureux au niveau de la face interne et/ ou médiale du tibia.

Certaines déformations de la jambe ou du pied peuvent favoriser l’apparition de cette pathologie dont le déclencheur principal reste la pratique intensive ou chaotique d’activités sportives.

Les douleurs proportionnelles à l’intensité de l’entraînement cèdent généralement au repos. Toutefois si la PT n’est pas traitée dès son apparition, celles-ci peuvent évoluer vers la chronicité et compromettre définitivement la pratique d’une activité sportive.

Dans le diagnostic différentiel, il ne faut pas oublier la fracture de fatigue du tibia qui peut être la cause de la douleur.

Mais le périoste, qu’est-ce que c’est ?

Périostite signifie inflammation du périoste. Le périoste est la fine membrane conjonctive enveloppant les os. Les fibres dans le périoste sont entrelacées avec les tendons qui relient les muscles aux os Les fibres des tendons sont incorporées dans l’os durant sa croissance et se renforcent tout au long de ce processus. Ces fibres sont appelées forages ou de fibres de Sharpey. Le périoste est très richement innervé et vascularisé ce qui explique les douleurs fulgurantes qu’il provoque en cas de lésion. Les chocs répétés créent des micro-fractures dans le tissu du périoste et donc une rupture de capillaires sanguins. Les saignements entraînent un phénomène de nécrose déclenchant alors une réaction inflammatoire. Celle-ci a pour but d’évacuer les tissus nécrosés et de les remplacer de nouvelles cellules du tissu conjonctif.

Localisation :

La périostite tibiale peut avoir 2 types de sources et donc 2 localisations légèrement différentes :

  • Une atteinte du périoste sur le trajet du muscle tibial antérieur. La douleur se localisera sur la face avant de la jambe.
  • Une atteinte du périoste sur le trajet du muscle tibial postérieur. La douleur se localisera à la partie médiale et basse de la jambe.

Causes de la périostite :

  • Sport à percussion, chocs à répétitions chez le sportif (course à pied, épreuve de saut, danse, boxe, …)
  • Augmentation trop rapide de la charge sportive (temps, durée, qualité du terrain…)
  • Terrain dur et peu amortissant (béton, goudron, piste d’athlétisme altérée, terrain accidenté, sable (le pire))
  • Schéma de course en attaque talon trop prononcé
  • Attitude en type postérieur
  • Technique sportive mal adaptée, mal comprise
  • Perte de mobilité au niveau de la cheville (Entorse antérieure ?)
  • Pied plat valgus hyper pronation
  • Valgus de l’arrière pied
  • Manque de tonicité du triceps sural
  • Torsion osseuse tibiale
  • Tension des insertions musculaires et aponévrotiques fixées au périoste
  • Valgus de genou
  • Inégalité de longueur des membres inférieurs
  • Rétroversion de hanche
  • Chaussures usées ou mal adaptées à l’activité
  • Surcharge pondérale
  • Strapping trop serré

Et plus concrètement ?

Citons le cas le plus typique, celui de la course à pied. Le pied plat (hyper pronateur), oblige le muscle tibial postérieur (muscle supinateur qui recrée une forme de pied creux) à travailler en excès constant de traction car il doit contrer les forces pronatrices et stabiliser en même temps le pied. Dans le cas du dévers, le pied (côté montagne) va être en excès de pronation, le muscle sera alors soumis à des tensions bien supérieures car il doit contrôler davantage un pied s’écrasant vers l’intérieur.

Le muscle tibial antérieur, quant à lui, participe un peu à l’inversion du pied (forme pied creux) mais ses principales actions sont la flexion dorsale (du pied vers la jambe), l’adduction et la supination. C’est le muscle antagoniste du tibial postérieur. Il est stabilisateur antéro-postérieur de la jambe lorsque le pied est en appui au sol. Dans le même temps, il contrôle l’équilibre postural en amenant le centre de gravité vers l’avant lorsque le corps se déporte vers l’arrière.

En trail lors des phases d’ascensions, la pointe de pied doit être constamment relevée pour faire face au dénivelé. Le muscle tibial antérieur est donc soumis à de plus fortes tensions.

C’est la même chose pour les efforts de sprint ou de courses rapides. Le corps est davantage en propulsion et se penche en avant pour jouer sur le « déséquilibre rattrapé », pas après pas.  Si on ne relève pas la pointe du pied, c’est la chute. La course sur le sable sec étant la plus traumatisant, les appuis sont fuyants et chaque  mouvement doit être exagéré.

Les excès de traction associés aux ondes de chocs et vibrations vont remonter jusqu’aux fascias et provoquer les micro-déchirures du périoste aboutissant à terme à la PT.

Traitements :

A l’apparition de périostite, le  premier des traitements est l’arrêt de votre activité. Certes on se dit que l’on va perdre du temps face à l’objectif sportif qui arrive à grand pas mais continuer aggraverait la situation et augmenterait d’autant plus votre temps de rémission. Les vibrations au niveau du tibia doivent être réduites. Si vous souhaitez continuer à vous entraîner pour éviter de perdre votre foncier  (votre travail cardio), favorisez les activités comme le vélo ou la natation, voire l’aqua-jogging qui permettent de garder un schéma vertical sans impact au sol. la rééducation via les machines Alter G, qui permettent de courir sur tapis de course avec une décharge de poids de corps pouvant aller jusqu’à 80% grâce à un système anti-gravité (issu de la NASA :))

  • Massage : on évite de masser directement le tibia au risque de provoquer davantage de lésions du périoste (certaines techniques propose de faire rouler une cuillère sur le tibia pour faire saigner le périoste mais cela augmenterait davantage le temps de récupération), mais la zone musculaire qui se trouve directement sur son bord. Asseyez-vous au sol, pliez le genou, le pied doit être à plat. Partez du bas de la jambe et remontez lentement en direction du genou en faisant glisser vos doigts sur les matie molles et non osseuse, en exerçant une légère pression continue. Gérez cette pression en fonction de l’intensité de la douleur. Vous pouvez augmenter progressivement cette pression des doigts si vous sentez un relâchement musculaire et une diminution de la douleur.
  • Froid : Le froid a de nombreuses vertus, antalgique, anti-inflammatoire, vasomotrice, décontracturant (nous y reviendrons plus en détail dans un prochain article). Ces soins peuvent être effectuer dés les premiers signes de la périostite.
    • Glaçage :
      • Compresse de froid : à appliquer 15-20 min 3 à 6 fois par jour et minimum 1h d’intervalle entre chaque phase (Protocole RICE)
      • Massage au glaçon : l’application d’environ 5 minutes se fera 3 à 6 fois par jour (attendre 1 heure avant de recommencer), pendant 7 à 10 jours (voir plus suivant la disparition des douleurs).
    • Cryothérapie : Une séance de cryothérapie dure environ 3min. Vous pouvez en faire 2 par jour pendant 10 jours. Lorsque vous rentrez dans la chambre, votre tibia doit être en exposition avec le froid, la chaussette doit être replié jusqu’au talon.
  • Étirements : Il sont à effectuer en dehors de toute phase aigüe et plutôt après un échauffement. Il ne doivent pas augmenter la douleur.
      • Tibial antérieur :
        1. Mettez un genou au sol et posez le pied de l’autre jambe par terre, genou fléchi.
        2. Posez les mains devant vous (ou prenez appui sur vos doigts).
        3. Tout en appuyant légèrement avec votre jambe sur la plante du pied, asseyez doucement le corps vers le talon arrière.
      • Tibial postérieur :
        1. Pied largeur des épaules
        2. Asseyez-vous doucement en direction de vos talons
        3. Les talons doivent rester constamment en contact au sol
        4. Pour augmenter l’étirement en profondeur, penchez-vous légèrement vers l’avant

Les conseils donnés dans cet article ne se substituent, en aucun cas, à un diagnostic posé par un médecin ou par tout autre professionnel de santé, ni à un traitement médical.