Le syndrome de la bandelette ilio-tibiale chez le runner


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Au cours de ma pratique, j’ai remarqué que nombreux sont les coureurs, surtout de trail, qui se plaignent de douleurs situées sur la partie externe du genou lors de la course. Ce syndrome vise toujours des sujets jeunes, sportifs, pratiquant la course à pied, le cyclisme ou le football. Il existe une multitude de petits noms qui veulent dire la même chose : la tendinite du genou ou tendinite du fascia lata, le syndrome de l’essuie-glace, de la bandelette de Maissiat ou encore syndrome de la bandelette ilio-tibiale. On prescrit aux patients des séances de kinésithérapie, des anti-inflammatoires mais la douleur revient de façon chronique. Ces maux vont mener le coureur à l’arrêt temporaire ou définitif de l’activité, et c’est bien dommage. Cet article vise à expliquer la pathologie au coureur afin qu’il puisse comprendre ses douleurs et devienne participant de sa guérison.


Le tenseur du fascia latatfl

Avant tout, voyons le muscle incriminé : le tenseur du fascia lata ou communément le TFL. Il s’insère en haut sur le bassin et en bas sur le tibia, cheminant dans une loge musculaire le long de la face latérale de la cuisse. Il entraine des flexions de hanche et permet à la cuisse de faire des légères rotations. Lors de la course, le muscle va donc être sollicité en se raccourcissant et se relâchant.


La douleur

La douleur est causée par la friction de la bandelette sur le tubercule du condyle externe du fémur à chaque flexion-extension du genou. « Essuie-glace » parce qu’à chaque flexion la bandelette passe en arrière du tubercule et à chaque extension il passe en avant. Ce frottement entraine l’inflammation du muscle voire même de la petite bourse séreuse située en dessus, censée le protéger, et crée la douleur.

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Les symptômes sont décrits de la même façon à quelques détails près :

  • la douleur apparaît progressivement à partir d’un certain kilométrage au niveau de la partie externe du genou
  • elle se manifeste comme une brûlure à chaque foulée
  • après quelques heures de repos la douleur s’estompe, et disparaît presque totalement (parfois il reste un fond douloureux)
  • plus le runner attend et plus la douleur va apparaître précocement au cours de l’effort sportif et devenir plus intense
  • la douleur peut se manifester sur l’autre genou.

Certains sites tentent d’expliquer ce qui « favorise ce type de douleurs » (1); (2)

  • La course en côte ou en descente,
  • l’utilisation de chaussures usagées,
  • l’augmentation du temps de course ou de la distance (effort inhabituel ou surentrainement)

Et pourtant en tant qu’ostéopathe on se demande toujours : pourquoi ce runner plutôt qu’un autre ? Pourquoi chez deux runners ayant le même entrainement l’un déclenche la pathologie et l’autre non ?


Le traitement médical classique

Le traitement médical conseillé reste pourtant assez basique :

  • Repos sportif
  • Glaçage local
  • Physiothérapie : massages, ultrasons, courant antalgique
  • Étirements du fascia lata
  • Anti-inflammatoires
  • Prescription de semelles chez le podologue : souvent pronatrices pour diminuer la course du muscle lors de l’effort
  • Piqûres de corticoïde.

Parfois ces méthodes suffisent à diminuer la sollicitation du muscle et à soulager le coureur. On traite certes le symptôme mais pas la cause de cette friction. Lors de la reprise de l’entrainement, la douleur risque de revenir, en se manifestant de la même façon ou non (moins intense, à un kilométrage différent, sur l’autre genou). Pour garder l’analogie de la voiture, étirer, glacer ou mettre au repos un muscle enflammé par la friction contre l’os, c’est comme mettre une rustine sur un pneu crevé. Ça peut soulager mais combien de temps ?


La cause de la douleur

Intéressons-nous donc à l’origine de cette friction.

Le muscle s’insère sur le pelvis. S’il y a une asymétrie au niveau du bassin (chute sur les fesses, mauvaise position assise au quotidien, ancienne entorse, accident de voiture, petits traumatismes tous bêtes tels que le fait de rater une marche), alors le muscle peut être légèrement tiré vers le haut, en avant ou en arrière dès son insertion. Comme c’est un muscle qui a naturellement peu de capacité d’étirement, sa course se voit diminuée au niveau du genou et ainsi frotte davantage sur le tubercule. De plus, le bassin dévié de sa normal changera la position du centre de gravité qui expliquera l’augmentation des contraintes sur un des deux membres inférieurs. Le traitement logique ici sera de corriger les dysfonctions ostéopathiques du bassin afin de relâcher le muscle.

TFL

Selon la même logique, une cheville qui aurait subi une entorse va se retrouver légèrement plus en inversion que la normale du sujet, ceci poussant le tibia à se retrouver en adduction c’est-à-dire à ouvrir le genou vers l’extérieur. Hors le muscle s’insérant sur le tibia va voir le tubercule gêner davantage sa course. Des semelles pronatrices peuvent permettre un relâchement du muscle sollicité, certes, mais on viendrait désaxer le bassin qui n’avait peut-être pas de problème au départ. La colonne vertébrale devra compenser le bassin en tournant, inclinant les vertèbres et c’est le début des douleurs de dos. Il s’agira dans ce cas précis de d’abord corriger la cheville et cela pourra suffire à éliminer les douleurs.

Pour les plus intéressés allons encore plus loin. Une dysfonction sur l’épaule va venir tirer le muscle grand dorsal et ainsi désaxer le bassin. Et ainsi on repart sur le schéma précédent. La correction de l’épaule suffira à relâcher la chaine musculaire maintenant le bassin dans une mauvaise posture et le muscle tenseur du fascia lata pourra fonctionner de manière optimale.


Le traitement ostéopathique

Le runner se rendra chez l’ostéopathe qui mènera son « enquête » pour trouver la cause de la douleur.

La première chose à faire sera d’éliminer toutes les causes externes qui pourraient être à l’origine de la désaxation du muscle :

  • des chaussures usagées pourraient effectivement changer la position du pied
  • des semelles orthopédiques non adaptées (car trop vieilles, ou parce qu’entre temps on a fait une chute sur les fesses, etc.) changent la position du pied
  • etc.

Ensuite lors d’un interrogatoire précis, l’ostéopathe cherchera à identifier l’évènement traumatique qui a pu désaxer le corps du patient afin de comprendre le schéma lésionnel. Il peut s’avérer que la raison soit simple : les douleurs sont apparues à la suite d’une entorse de cheville. Mais parfois les causes sont plus fines : ce peut être un traumatisme plus ancien qui a laissé des compensations. Parfois le sujet a réussi à « adapter » son schéma grâce à une bonne tonicité musculaire durant des années et la douleur se déclenche dès l’instant qu’un « petit plus » (un petit choc, une mauvaise position tenue la nuit, …) dérègle le schéma. Cet interrogatoire va permettre d’orienter l’ostéopathe qui veillera à investiguer des zones qui pourraient être bloquées et donc à l’origine des maux.

Enfin, grâce à un bilan approfondi, l’ostéopathe va chercher à l’aide de ses mains les zones bloquées et les traiter. On comprend maintenant pourquoi lorsqu’on a mal au genou, l’ostéopathe peut aller chercher ce qui se passe dans les cervicales.

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L’après séance

Il faut cependant se méfier, le muscle est remis dans son équilibre certes, mais il ne s’agit pas d’aller galoper dès la sortie du cabinet. En effet, le tenseur du fascia lata a pu être enflammé durant des mois avant de retrouver son harmonie. Cette inflammation ne va pas disparaître tout de suite. Il faudra lui laisser le temps de se réduire avant de retourner courir. Cela peut prendre quelques jours, voire quelques semaines si le syndrome date d’il y a plus de temps.

Une fois l’inflammation réduite, on pourra retourner courir tranquillement, en respectant les conseils du médecin qui sont beaucoup plus adaptés maintenant : faire des efforts progressifs (sur terrain plat d’abord, puis en variant les dénivelés), veiller à bien s’échauffer, à respecter les phases de repos, éviter le surentrainement, voire suivre des séances de kinésithérapie pour redynamiser le muscle.


Conclusion

Cet article a été rédigé dans un but explicatif. En pratique cela est bien plus compliqué car déterminer la cause du déséquilibre prend du temps.

Lors de ma pratique personnelle, j’ai remarqué que le travail de collaboration avec une équipe de kinésithérapeutes pour ce type de dysfonctionnement est plus efficace, surtout lorsque ces douleurs sont installées depuis un moment. Je prends en charge le traitement ostéopathique pour remettre le corps dans une harmonie globale, et, après un moment de repos, les kinés vont poursuivre en relâchant le muscle afin que l’inflammation puisse réduire au maximum et éliminer les tensions musculaires qui peuvent persister.

Après cela… bonne course !

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Références :

1 : http://runners.fr/blessure-du-genou-ce-satane-essuie-glace/

2 : entrainement-sportif.fr/tendinite-fascia-lata.htm

Tiffany Caquineau

Ostéopathe issue d'une formation de 5 ans à Sophia-Antipolis. Actuellement dans la zone sud de la Réunion. Passionnée d'abord de basketball puis de trail, s'occupe particulièrement des sportifs pratiquant la randonnée / trail, en cabinet, à domicile ou sur les lieu d'évènements sportifs (en dernière date lors de la diagonale des fous).
Tél : 06 93 01 66 19

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