Tour de France – La cryothérapie chez le sportif : utopie, dépendance ou réalité ?

La cryothérapie, littéralement « soigner par le froid » est une thérapie très ancienne car elle remonte à Hippocrate 400 AV JC. Mais alors, pourquoi une telle « mode » en France ces dernières années, avec un engouement pour la cryothérapie corps entier surtout dans le monde du sport ? Nous allons voir grâce à une étude de la littérature scientifique que les modalités d’utilisation ne font pas l’unanimité. Nous allons essayer de savoir si réellement le froid a un effet sur la douleur, sur l’inflammation, sur la performance et la récupération chez le sportif.

 

Les différentes techniques de cryothérapie :

Du simple sachet de petits pois du congélateur à la cryothérapie corps entier (CCE), les différentes actions du froid recherchées sont similaires. Il existe la cryothérapie locale avec manchon de compression type Gameready ou zamar, l’immersion en eau froide souvent dans des poubelles remplies d’eau glacée (entre 4° et 15°), l’alternance bain froid puis bain chaud et la technique à la mode la CCE (-85° a -140°) ou cryothérapie partielle à l’azote pendant 3 min. Différents protocoles existent, avec variation du temps et de température.

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Bain d’eau froide avec ici des rugbymen.

Le Froid et la douleur ?

Il existe un consensus global des auteurs sur l’efficacité de la cryothérapie sur la douleur suite à un traumatisme aigu.

Le froid va altérer les échanges métaboliques autour de la membrane des nerfs, ce qui fera chuter la vitesse de conduction des stimulations sensorielles, expliquant la modification de la perception de la douleur et de la fatigue. Tous le monde s’est déjà cogné fortement et a mis de la glace du congélateur (entourée d’un torchon pour éviter la brûlure) pour calmer la douleur.

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Le rôle antalgique du froid.

C’est un « gold standard » dans la prise en charge aiguë d’un traumatisme sur le terrain en urgence. Bombe de froid, vessie de glace ou autre sont utilisés. Le but est une diminution de la douleur ainsi qu’une diminution de l’œdème (1) via la vasoconstriction. Cela permettrait également de diminuer le saignement d’une lésion musculaire,

La récupération plus précoce d’une lésion musculaire à été étudiée avec succès pour l’immersion en eau froide ou poche de glace mais néanmoins controversée par certaines études notamment celle de University of Pittsburgh medical center (2011). Quelques heures après le traumatisme on verra que l’utilisation de la glace est discutable.

La plupart des traumatismes sportifs se produit suite à l’action répétitive de forces de faible intensité sur de longues périodes. Ces traumatismes, chroniques ou « de surcharge », exigent une prise en charge différente de l’aigu.

L’efficacité du froid sur la douleur des courbatures ou des dommages musculaires suite à l’effort est déjà beaucoup plus controversée.

« Nous avons trouvé qu’il y avait des preuves sur le fait que vous immerger dans de l’eau froide après avoir fait du sport pouvait diminuer les courbatures musculaires, mais seulement quand on compare cela au repos ou à aucune intervention du tout. Mais il faut cependant faire attention à ces résultats, parce que les individus qui ont pris part à ces études étaient parfaitement conscients du traitement qu’ils recevaient, et une bonne partie des bénéfices rapportés pourraient être dus à une réaction placebo », explique l’auteur principal de l’étude, Chris Bleakley, car en effet ce genre d’étude peut difficilement être réalisé en double- aveugle. (2)

Une étude plus récente a également été publiée dans l’European Journal of Applied Physiology (3) par des chercheurs de l’Université de New Hampshire. Ils ont testé les bains de glace sur un groupe de 20 hommes qui faisaient du sport de loisir (la moitié a pris des bains de glace et l’autre moitié n’a rien fait), après avoir couru sur un tapis de course incliné à 10% pendant 40 minutes pour provoquer des dommages musculaires. Ils ont mesuré tout un ensemble de paramètres, comme les courbatures ressenties, les gonflements et les chimiokines ligands du plasma, qui sont un marqueur d’inflammation circulant dans le sang. Pour faire court : ils n’ont pas trouvé de différence entre les deux groupes. (3)

Les dernières études de l’INSEP (4) sur des triathlètes et trailers ayant bénéficié de CEE n’a montré aucune modification des marqueurs du dommage musculaire ( CK,LDH,AST)

 Cependant une moindre sensation de fatigue était décrite par ces athlètes.

La cryothérapie réduirait la prise de masse et la force musculaire…

 

La première partie de l’étude a demandé à 21 hommes physiquement actifs de suivre un entraînement de musculation deux jours par semaine pendant douze semaines. Environ la moitié du groupe est ensuite passée par un bain d’eau et de glace de 10 minutes après la séance d’entraînement à une température glaciale de 10°C, tandis que le reste du groupe terminait sa séance par un exercice de récupération sur un vélo.

Au terme des douze semaines, la force et la masse musculaire avaient plus augmenté dans le groupe qui avait réalisé la récupération de vélo post-exercice que dans le groupe qui avait pris des bains de glace.

Une seconde étude a prélevé des biopsies de muscles des hommes après qu’ils aient réalisé des exercices de musculation des jambes, suivis par un bain de glace ou un exercice actif. Les chercheurs ont découvert que l’activité des cellules satellites, comparable à celle des cellules souches musculaires, et les réactions métaboliques nécessaires pour construire des muscles plus gros et plus forts, étaient atténuées jusqu’à deux jours après l’exercice dans le groupe qui avait pris les bains glacés. (5)

Nous avons trouvé qu’une immersion dans de l’eau froide après l’entraînement atténuait substantiellement, ou réduisait, les gains à long terme de la masse et de la force des muscles, » dit le Dr Roberts.

Le Dr Peake explique que ces résultats montrent que les sportifs devraient plutôt éviter de prendre des bains d’eau glacée après une séance d’entrainement de musculation.

Les études de l’INSEP avec CCE (4) vont dans le même sens pour les efforts intense et excentrique mais moins pour les efforts modérés d’endurance.

Réfléchissons donc à deux fois donc avant d’utiliser la cryothérapie après un entraînement intensif qui retarderait d’un à deux jours les effets bénéfiques recherchés par l’entraînement et donc être moins performant dans un objectif d’entrainement.

Et l’inflammation dans tout ça ?

 

En plus de l’effet antalgique, la cryothérapie veut combattre l’inflammation. Ces vertus anti-inflammatoires sont mises en avant part presque tous les auteurs…

D’après l’étude de l’INSEP de 2013, la CCE permet la diminution des marqueurs de l’inflammation ( diminution pro-inflammatoire TNF alpha, CRP, IL1beta et augmentation anti-inflammatoire IL1ra, IL6)

Sauf un américain Gary Reinl qui remet en cause l’utilisation de la glace, notamment le protocole RICE ou GREC dans son livre : ICE is WRONG.(6) Pourquoi ? Cette hypothèse est intéressante car si on s’intéresse à la physiopathologie, le mécanisme inflammatoire en aiguë est une réponse naturelle de l’organisme  pour cicatriser une lésion. Ce n’est donc pas une pathologie en soi. Il serait peut être bon de laisser le corps lutter contre cette lésion en amenant sur zone ces fameux marqueurs pro inflammatoires ?

Cette hypothèse va dans le sens des médecins du sport qui par exemple ne recommandent pas la prise d’anti-inflammatoires en aigu dans les 24h pour une entorse de cheville car cela retarderait le temps de cicatrisation.

Récupérons un peu

 

Un des buts de la récupération est de pouvoir enchaîner les efforts de façon optimale. Ce qui est donc intéressant sur le Tour de France pour enchaîner les étapes quotidiennes durant 3 semaines)

Il n’existe pas une solution miracle pour récupérer. C’est la somme de différents procédés qui va permettre une bonne récupération . Les bases avec l’alimentation, l’hydratation et le sommeil auxquelles ont peut rajouter la récupération active (par ex sur home-trainer), l’électro stimulation, les manchons de compression…et bien entendu la cryothérapie. Un effet bénéfique croisé de la CCE serait un sommeil de meilleur qualité, donc une meilleur récupération.

(Rappelons que les étirements après une séance ne font pas diminuer les courbatures. article d’Arnaud Gea Les étirements ne favorisent pas toujours la performance, ni la récupération )

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Bottes de cryothérapie et pressothérapie (Gameready) utilisées en récupération sur des courses cyclistes.

Retenons que … 

La cryothérapie est efficace sur la douleur d’un traumatisme aigu.

Si vous êtes en phase d’entraînement avec recherche de gain de force, évitez les séances de cryothérapies.

À défaut de pouvoir certifier les résultats obtenus par un consensus d’études validées sur la récupération, les médecins estiment que le froid permet au moins de soulager les sportifs. En effet la sensation de bien-être ressentie par les sportifs avec diminution de la fatigue reste l’élément important dans la récupération par cryothérapie qui serait plus efficace pour les efforts d’endurance répétés (par ex le Tour de France) que pour les efforts intensifs type excentrique.

Notons que pour ces études de CCE, ce sont des séances quotidiennes voir biquotidiennes, cela a un coût financier pour le sportif. C’est pourquoi la récupération active (vélo, marche), accessible à tous, reste une méthode efficace.

Sources :

(1) Etude sur l’oedeme : Adie S, Naylor JM, Harris IA. Cryotherapy after total knee arthroplasty: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. J Arthroplasty 2010 ; 25 : 709-15.

(2) Cold-water immersion for preventing and treating muscle soreness after exercise. Bleakley C, McDonough S, Gardner E, Baxter David, Hopkins Ty, Davison GW. Cochrane Library.

(3) Effect of cryotherapy on muscle recovery and inflammation following a bout of damaging exercise. Crystal NJ, Townson DH, Cook SB, Laroche DP. European Journal of Applied Physiology. 2013.

(4) INSEP service de recherche la cryothérapie du corp entier  : le point scientifique et pratique par Christophe Hausswirth, PhD Nov 2010 et 10ème journée médicale de l’INSEP en 2013.

(5) Llion A Roberts, Truls Raastad, James Markworth, Vandre Figueiredo, Ingrid Egner, Anthony Shield, David Cameron-Smith, Jeff Coombes, Jonathan Peake. Post-exercise cold water immersion attenuates acute anabolic signalling and long-term adaptations in muscle to strength training. The Journal of Physiology, 2015.

J Appl Physiol (1985). 2011 Feb;110(2):382-8. doi: 10.1152/japplphysiol.01187.2010. Epub 2010 Dec 16.
Influence of icing on muscle regeneration after crush injury to skeletal muscles in rats. Takagi R1, Fujita N, Arakawa T, Kawada S, Ishii N, Miki A.

(6) https://www.linkedin.com/in/garyreinl

Les lésions musculaires DUOS par Gérald Stoppini.

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edouard hervé

Edouard Hervé, Ostéopathe D.0 (école en 5 ans agréée par le ministère de la santé)
Ostéopathie musculo-squelettique , viscérale et crânienne.
Ostéopathe du sport dans l’équipe cycliste professionnelle Giant-Alpecin
Autres prestations : kinésio-taping, physionutrition, prise en charge du sportif blessé
Région Nord-Pas-de-Calais
Site : www.edouardherve-osteopathe.fr
edouard.herve@gmail.com
Tél : 06.98.11.83.93
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